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Homélie du P. David – Rameaux et Vendredi saint

Rameaux et Vendredi saint

En ce moment, quand je médite l’évangile de la passion, ce qui me frappe c’est que tous les personnages ont l’air ridicule sauf Jésus, alors que c’est Jésus que l’on cherchait à discréditer.

Quelques exemples :

  • Judas va vendre Jésus pour 30 misérables pièces d’argent mais à la fin il ne gardera même pas les 30 pièces d’argent.
  • Pierre et les apôtres promettent à Jésus fidélité jusqu’à la mort et le soir même ils fuient. Dans un premier temps, ils comptaient défendre Jésus avec une épée, alors que Jésus a des légions d’anges rassemblées à ses ordres.
  • Jésus se moque gentiment de ceux qui viennent l’arrêter avec des épées et des bâtons alors qu’il ne comptait pas opposer la moindre résistance. Il est « l’Agneau docile que l’on mène à l’abattoir ».
  • Lors du procès, il y a des fausses accusations qui se contredisent alors que Jésus a l’intention de dire qui il est, tout en sachant que cela vaudra sa condamnation.
  • Aux provocations Jésus ne répond rien, car il ne dit la vérité qu’à ceux qui veulent vraiment l’entendre.
  • Jésus se montre indifférent aux propositions d’Hérode et il ne prend même pas la peine de lui adresser la parole, à la plus grande honte d’Hérode.
  • Face aux chantages et menaces Jésus montre qu’il n’a peur de rien parce qu’il a la maîtrise complète de ce qui va lui arriver.
  • Les grands prêtres sont aveuglés par la jalousie et la foule se laisse manipuler par eux.
  • Pilate est complètement dépassé par la pression d’une foule manipulée…
  • Et surtout : ils veulent faire disparaître Jésus alors que 50 jours après, à la Pentecôte, 3000 personnes vont demander le baptême ! Ils avaient peur que le succès de Jésus entraine des guerres avec les romains alors que c’est justement le refus de Jésus et le choix d’un faux messie guerrier 40 ans après, qui entrainera la chute de Jérusalem.

Et pourtant, ce même Jésus qui semble bien au-dessus des autres, sur la croix dira « mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ». D’un coup, on dirait qu’il est dépassé lui-aussi, alors que jusqu’à là il avait l’air de tout maîtriser. Que lui arrive-t-il ?

Jésus est entrain de réciter le psaume 21 qui commence par exprimer l’abandon que l’on ressent et termine en affirmant que c’est Dieu qui aura le dernier mot. C’était fréquent qu’un juif meure en récitant ce psaume. C’est un psaume qui rejoint le mourant au coeur de sa souffrance, pour l’emmener petit à petit vers l’espérance. Je le trouve de grande actualité en ce temps d’épidémie.

Combien de personnes meurent seules ces jours-ci ? Et même avant l’épidémie, combien de personnes en souffrance se sentent abandonnées de Dieu ? Je pense que ce verset est un des versets les plus consolants de la Bible : quand je me sens abandonné de tous et de Dieu, je ne suis pas seul, Jésus a voulu connaître cette sensation pour mieux me comprendre.

Cette phrase est tellement importante que l’évangéliste nous l’a transmise d’abord en version original avant de nous la traduire, comme pour nous confirmer que Jésus l’a prononcée telle quelle. Sans ce sentiment d’abandon, la Passion serait une comédie. Quel mérite il y a à donner sa vie pour les hommes si on sait qu’on va ressusciter ? Imaginez un athée atteint de coronavirus qui meure pour céder le dernier lit de l’hôpital à son enfant, malade aussi. Il aurait plus de mérite puisqu’il donne sa vie sans même pas avoir l’espérance d’une vie après la mort.

Mais Jésus a voulu connaître le désespoir dans lequel sont plongés tant d’hommes et de femmes, surtout en ce moment. Tout en ayant la foi, l’espérance et la charité, il a voulu ressentir ce que ressent les gens qui n’en ont pas.

Les grands théologiens appellent cela « la passion de l’âme de Jésus », bien plus profonde que la passion du Corps. Jésus a pris sur lui nos péchés, et il s’est senti coupable de tous les péchés du monde comme s’il les avait commis lui-même. Imaginez que vous tuez une personne par accident : vous savez que vous n’y êtes pour rien mais vous ressentez une culpabilité insupportable. Jésus a ressenti cette culpabilité de l’innocent.

Quand vous souffrez et que vous tournez votre regard vers le Ciel en criant « pourquoi ? ». Vous ne vous adressez pas à un Dieu qui dans son paradis n’a jamais connu la souffrance. Vous vous adressez à un Dieu qui est devenu homme pour sauver le monde en prenant sur lui la souffrance et le désespoir des hommes, alors qu’il aurait pu sauver le monde autrement.

Dieu n’est pas un sanguinaire qui a besoin de voir du sang couler pour nous remettre la dette de nos péchés. L’amour suffit à sauver le monde. Mais Dieu a voulu nous sauver dans la souffrance pour nous comprendre et nous accompagner quand nous souffrons seuls.

Je tiens à signaler que Jésus cite ce psaume juste après que les grands prêtres se sont moqués de lui en disant « si tu es le fils de Dieu descend de la croix ». Au début de l’évangile il y a aussi quelqu’un qui lui dit « si tu es le fils de Dieu, vérifie-le ». C’est Satan ! Alors que Jésus venait de se faire baptiser et d’entendre son Père lui dire « tu es mon fils bien-aimé ». Dès le début et jusqu’à la fin de la mission de Jésus, le diable ne cherche qu’une chose : le faire douter de qui il est, et de l’amour de son Père. Voilà comment s’y prend le diable avec nous aussi.

Cela nous décomplexe. Si Jésus a pu prier avec ce psaume, nous aussi. Dans le livre des psaumes, souvent le psalmiste exprime le désespoir ou la violence qu’il ressent, même si ces mots ne sont pas tout à fait justes. Jésus a exprimé l’abandon qu’il ressentait, même si le Père ne l’a jamais abandonné. De fait, Marie au pied de la croix c’est la meilleure image de la compassion que le Père ressent pour son Fils. Il n’y a pas d’amour plus grand que celui qui relie les 3 Personnes de la Trinité. Donc, si Jésus a pu ressentir cet abandon et l’exprimer, nous aussi, nous avons le droit de nous sentir abandonnés et de crier à Dieu notre révolte. Notre prière doit exprimer ce que nous ressentons, même si les mots ne sont pas justes.

En temps d’épidémie, le chrétien n’est pas appelé à l’optimisme mais à l’espérance. Il ne s’agit pas de croire que tout va bien se passer. Il s’agit d’espérer que, même si on meure dans la solitude la plus complète à cause du Covid19, Dieu aura le dernier mot sur notre béatitude éternelle.

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