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Homélie du P. David – Rameaux et Jeudi Saint

Rameaux et Jeudi Saint

Vous me pardonnerez si cette homélie est un peu longue. Je vais regrouper en une seule homélie ce que j’ai à vous dire à l’occasion des Rameaux, du Jeudi Saint et du Vendredi Saint.

Le Dimanche des Rameaux, nous fêtons l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et nous entendons ensuite l’évangile de la Passion. Ceci permet aux personnes qui travaillent le vendredi saint, d’entendre l’évangile de la passion le dimanche qui précède Pâques.

Cette année les circonstances vous privent de la procession des Rameaux, ce qui nous plonge tout de suite dans la deuxième partie de cette célébration : la Passion. Je voudrais m’attarder sur plusieurs passages qui pourront vous accompagner pendant toute la semaine sainte, en particulier jeudi et vendredi.

D’abord, l’évangile de ce dimanche commence par l’institution de l’Eucharistie et la trahison de Judas, comme pour nous montrer que les évangiles de toutes les messes de la Semaine Sainte ne constituent qu’un seul mystère inséparable. Je m’explique :

Imaginez qu’en raison de l’épidémie vous êtes en danger de mort, ainsi que vos enfants, et que les hôpitaux n’ont pas les moyens de vous prendre tous. Je suis sûr que vous céderiez volontiers votre place à vos enfants pour qu’ils soient sauvés en priorité, parce que vous les aimez plus que tout. Même si l’occasion ne se présente pas, cela ne vous empêche pas d’aimer autant vos enfants. La souffrance nous permet de prouver l’amour, mais cet amour existait déjà avant que la souffrance le mette en évidence.

Le péché, par définition, c’est un manque d’amour. Donc c’est par l’amour que Jésus nous sauve du péché, c’est son Amour qui a compensé tous les manques d’amour de tous les péchés du monde. Sur la croix, Jésus nous prouve son amour mais cet amour existait déjà avant que la souffrance le mette en évidence.

A la cène, Jésus est à table avec Judas, il sait que celui-ci s’apprête à le trahir et il peut encore l’empêcher, mais il pense à chacun de vous et il se dit que pour vous ça vaut la peine de se laisser torturer, pour payer le prix de vos péchés et des miens. Il n’est pas encore crucifié, mais il nous a déjà aimé à l’extrême. Le choix d’amour est déjà fait, même si les circonstances attendront le lendemain pour le prouver.

C’est dans ce sens que le prêtre présente l’hostie à messe en disant « ceci est mon corps LIVRÉ POUR VOUS ». Le jeudi saint le corps de Jésus n’est pas encore livré par Judas à ses bureaux mais de fait, Jésus s’est déjà livré pour chacun de nous. Avant même que d’autres le livrent, son corps, est déjà un corps donné. Il dira lui-même « ma vie nul ne la prend, c’est moi qui la donne ». C’est ce choix d’Amour qui donne toute la valeur rédemptrice au sacrifice du Christ. S’il avait juste subi sa mort sans la choisir, il aurait été un condamné comme tant d’autres, mais dans sa vie donnée il y a assez d’amour pour compenser tous les manques d’amour de tous les péchés du monde.
Chacun de nous a été aimé à l’infini le soir de la Cène mais nous n’étions pas là pour recevoir cet amour. C’est pour cela que Jésus a inventé une machine à remonter dans le temps qui s’appelle « l’eucharistie », afin que chaque dimanche nous puissions nous rendre à la Cène et recevoir cet amour.

C’est le sens des mots « vous ferez cela en mémoire de moi ». Ce n’est pas un souvenir mais une actualisation. Nous sommes dans un contexte pascal : quand un juif fête la pâque, il considère que ce n’est pas un simple souvenir du jour où Dieu les a délivrés de l’esclavage d’Égypte. Le juif considère que lui-même a été libéré et que la pâque rend présent cet événement du passé. Dans ce contexte, Jésus a institué l’eucharistie ne pas comme un souvenir, mais pour rendre présent le choix d’amour qu’il a fait pour chacun de nous le jeudi saint.

La « Communion » n’est rien d’autre que de vouloir être en « commune-union » avec cette vie donnée. On communie à la messe, parce qu’on veut se donner comme Jésus, parce qu’on veut que notre corps soit un corps donné comme le sien, parce qu’on veut dire avec lui « ceci est mon corps livré pour vous ». On communie si on est prêt à donner notre vie pour les personnes que nous aimons et si nous sommes prêts à aimer toutes les personnes que Jésus aime : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Il y a des personnes qui trouvent choquant que certains chrétiens ne puissent pas communier à la messe. Moi, ce que je trouve étonnant c’est plutôt que la plupart puissent communier alors que leur corps n’est pas un corps offert comme celui de Jésus en croix. A strictement parler, les seuls qui devraient communier ce sont les martyrs, et ce n’est pas pour rien que depuis les origine de l’Église la messe a été célébré sur les tombeaux des martyrs et qu’encore aujourd’hui la plupart d’autels ont une relique incrustée.

Heureusement, nous n’avons pas besoin de mériter les Grâces que Dieu nous donne, parce que c’est Jésus qui nous les a méritées. Les sacrements ne sont pas réservés à ceux qui le méritent, mais à ceux qui veulent les mériter. On ne communie pas parce qu’on est saint, on communie parce qu’on veut l’être. Pierre, après avoir renié Jésus, comprendra que la Miséricorde n’est pas pour ceux qui la méritent mais pour les pécheurs repentis qui pardonnent et à leur tour.

Vous voilà privés de sacrements pendant ce temps de confinement. Peut-être, pour certains, ce temps deviendra une prise de conscience de toutes les fois où ils ont communié de manière routinière. Entretenez cette soif de l’eucharistie. Dites souvent à Jésus : « je veux que lors de ma prochaine communion mes mains deviennent tes mains, mes yeux deviennent tes yeux, ma bouche devienne ta bouche, mon corps devienne ton Corps, mon coeur devienne ton Coeur… » Le vrai pain venu du Ciel nous rassasie dans la mesure où nous sommes affamés de Dieu.

Quand je vivais chez mes parents, à une époque on avait une femme de ménage orthodoxe roumaine. Elle communiait 4 fois par an, pour les grandes fêtes. A chaque fois, pour se préparer, elle jeûnait entre 4 et 6 semaines, afin que son corps soit un corps tout donné quand il deviendrait une seule chair avec celui de Jésus. Je me rappelle avec honte de tous ces matins où je rentrais de la messe et je me mettais aussitôt à dire du mal des gens et à manger des caprices, et que je la voyais jeûner depuis des semaines pour pouvoir communier à pâques, alors que moi, je communiais tous les jours sans un vrai désir de me convertir… puisse ce temps de confinement accroître votre désir d’eucharistie.

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