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Jeudi Saint 2020 – Homélie du père Bouttin

Homélie du Père Bouttin – Jeudi Saint 2020

Jeudi Saint Ce soir le Cœur de Dieu se met à nu.

Ce soir, la liturgie nous donne de voir l’Amour dont nous sommes aimés. Elle nous donne même de le toucher ou plutôt d’être touchés par lui. Ce soir, la charité de notre Dieu vient au secours de notre faiblesse en se faisant sensible.

«Jésus, le Fils de Dieu, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à la fin» Il les aima jusqu’à l’extrême de l’amour c’est-à-dire d’une manière telle que jamais personne n’a aimé. Souvenons-nous en aujourd’hui: personne ne nous aime autant que le Seigneur nous aime; Il nous aime plus, infiniment plus que nous-même nous aimons.

L’institution de l’Eucharistie et le lavement des pieds, ces deux grands gestes du Christ nous donnent ce soir la mesure de l’Amour de Dieu. Le jusqu’auboutisme de la Charité de Dieu permet de disqualifier toutes les fausses divinités qui peuplent le monde et prétendent aimer l’homme.

Les faux dieux, tous les faux dieux, mangent les hommes ; notre Dieu, et Lui seul, se donne à manger aux siens.

Vous connaissez le mythe grec du dieu Cronos, le père des Titans : il dévore les enfants que lui donne la déesse Rhéa, fille de la Terre. C’est par ruse que Rhéa sauve l’un d’entre eux en donnant à Cronos une pierre au lieu de son fils, Zeus. Vous savez aussi ce que la Bible dit du Moloch, le dieu des Ammonites, à qui on sacrifie les premiers nés en les jetant dans un brasier. Tous les dieux que l’homme se donne, tous ceux qu’il façonne à son image à lui, l’humain, tous ces dieux finissent par le dévorer. Pharaon ordonnant de tuer les fils des Hébreux, Hérode provoquant le massacre des Saints Innocents, les révolutions et les systèmes totalitaires engloutissant des peuples entiers sont des mangeurs d’hommes;

Il n’y a vraiment que le Dieu qui sonde les reins et les cœurs, le Dieu qui nous aime jusqu’au bout, jusqu’à nos entrailles, qui puisse se donner à manger. «Je suis le pain vivant descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Et même, le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde.» (Jn 6, 51

La communion qui se produit entre la nourriture que nous mangeons et nous-mêmes est très profonde car la nourriture devient chair de notre chair et sang de notre sang. Et ce «Pain vivant descendu du ciel» n’est pas une simple chose mais une personne vivante, le Seigneur lui-même. Il s’agit de la communion la plus profonde, même si c’est aussi la plus mystérieuse.
Mais la liturgie nous propose un deuxième geste que nous ne pouvons réaliser cette année : le Christ a lavé les pieds des disciples. Voilà aussi comment se manifeste l’amour de Dieu.

Les faux dieux, tous les faux dieux asservissent l’homme ; notre Dieu, et Lui seul, se fait le serviteur de l’homme !

Face à tous les esclavages acceptés par l’homme, il n’y a qu’un Dieu qui se soit mis aux pieds de sa créature pour la servir humblement. Cherchez dans toutes les traditions religieuses, vous ne trouverez pas d’autre exemple! «Je ne vous appelle plus serviteurs» (Jn 15, 15) nous dit avec tendresse le Seigneur. Mais «il faut que l’amour s’abaisse», disait s. Thérèse de l’Enfant-Jésus. Alors le Verbe de Dieu, le Très-Haut descend aussi bas qu’il le peut. «Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes.» Et ce n’est pas tout: le Fils de l’Homme ne va pas seulement jusqu’à ras de terre pour nous servir. «S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix.» (Phi 2, 6-8). Quel mystère !

Il y a encore autre chose. Ces deux gestes ne sont pas seulement de pieux souvenirs enfouis dans notre mémoire. Notre Dieu n’est pas seulement Celui qui se donne à manger aux hommes et qui se fait le serviteur des hommes; Il est aussi Celui qui commande d’agir de même les uns envers les autres:

«Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.» (Jn 15, 13). «Faites ceci en mémoire de moi.» (1 Co 11, 24-25).

«Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous.» (Jn 13, 14-15).

Si nous voulons avoir part au Royaume de Dieu, il faut obéir à ce double commandement. Apprenons de l’Amour à aimer comme Il aime.

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